Charles Biscarrat dans son atelier

Parole d'acteur

Charles Biscarrat

L’orfèvre de l’aéronautique

À 96 ans, Charles Biscarrat est la mémoire vivante de la mécanique de haute précision.

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Ce Pessacais, qui n’a rangé ses outils qu’à 87 ans passés, a façonné des pièces en métal pour les avions, les missiles et même la fusée Ariane.

Dans son petit atelier, aménagé dans la cave de sa maison, Charles Biscarrat continue de jouer du métal comme d’autres jouent du piano. À 96 ans, l’ancien artisan n’a rien perdu de son geste ni de sa précision.

Installé à Pessac depuis plus de 70 ans, il a mené une carrière taillée au micron près, au service des plus grands noms de l’aéronautique.

Je fabriquais pour eux des pièces indispensables à la propulsion des missiles et de la fusée Ariane. Ces éléments en acier-nickel-chrome devaient s’ouvrir comme les pétales d’une fleur.

Dix ans d’essais auront été nécessaires pour en maîtriser chaque rainure, définir le bon diamètre ou la bonne épaisseur… Ce savoir-faire d’orfèvre, il l’a hérité d’une grande lignée d’artisans : un père inventeur qui a conçu un ouvre-boîte à manivelle, un grandpère qui fabriquait des boîtes métalliques et un arrière-grand-père rétameur qui parcourait les villages pour réparer les casseroles.

Travailler le métal est vraiment une histoire de famille. Je me souviens encore de la première pièce que j’ai fabriquée dans l’atelier de mon père : j’avais 14 ans, et c’était un cylindre avec deux ailes, en bronze. Dès lors, j’ai su que je voulais en faire mon métier.

Un travail cousu main

À 22 ans, juste après son service militaire, Charles ouvre son propre atelier et investit dans un vieux tour qui datait d’avant 1914.

Il avait beaucoup de jeu, mais j’ai pu commencer à fabriquer mes premières pièces rondes.


Reconnu pour sa précision et son travail « cousu main », Charles se spécialise dans le découpage et l’emboutissage des métaux. Il fabrique notamment des pièces de toutes formes pour l’usine Thomson, des obturateurs pour les missiles sous-marins, des capots de protection pour les sondes Pitot d’Airbus...

« Géotrouvetout » comme son père, il imagine même dans les années 60 une casserole « anti-monte lait », en forme de petit volcan, qui rencontre un franc succès.

Son seul regret ? Ne jamais avoir pris le temps de construire le petit avion biplace dont il rêvait, équipé d’un moteur de Coccinelle. « J’ai les plans, mais plus d’atelier… » conclut ce fou d’aviation qui aura consacré sa vie à faire naître, dans le métal, un peu de magie mécanique !