À 66 ans, l’artiste, basé à Pessac, cultive depuis toujours un lien intime avec la musique expérimentale. Trente ans après son Vent de Guitares joué sur la dune du Pilat, il prépare un spectacle de Butô au Lieu sans Nom, à Bordeaux.
4 octobre 1994. À 104 m au sommet de la dune de Pilat, Garlo installe 54 guitares sur des trépieds, en quatre lignes rappelant les cordes de l’instrument. Des classiques, des basses, des électriques, toutes soigneusement accordées selon une gamme précise.
Ce jour-là, le vent d’est souffle fort, de la dune vers l’océan, traversant les cordes comme un archet invisible. La dune devient un instrument. L’océan, une scène. Deux dauphins, surgis des vagues, dansent au gré des notes emportées par le vent. Vent de Guitares est né.
J’avais lu que les Grecs plaçaient des harpes aux 4 coins de leurs temples pour invoquer les dieux. J’ai voulu recréer cette expérience avec des guitares.
Trente ans ont passé depuis cette expérience musicale hors normes. S’ensuit 14 albums tout aussi insolites, dont Kazé, 99 Haïkus ou encore Coaltar, son dernier opus, qui raconte le monde à sa façon. Car Garlo est un iconoclaste, de ceux qui rejettent les codes pour mieux les réinventer. Né à Wendake, réserve indienne près de Québec, l’artiste a grandi entre traditions indiennes et culture canadienne.
Mes grands-parents vivaient près de la réserve Cree, dans le Saskatchewan. Mon grand-père y était vendeur ambulant, et ma grand-mère parlait Cree !
Arrivé à Bordeaux à l’âge de 8 ans, Garlo découvre la basse au lycée Magendie, fait quelques tournées, puis part en studio et expérimente son art comme un inventeur fou. Avec son Vent de guitares, il gagne une visibilité internationale, qui lui ouvre même les portes du Midem à Cannes.
Invité au Japon dans la foulée, il installe 30 guitares au côté de flûtes en bambou, de cloches et d’oriflammes. En 2000, il renouvelle l’expérience en Arizona, où il compose Earth Link, avec un flutiste Zuni et deux « chanteurs de guérison », navajos et sioux. Artiste aussi discret qu’engagé, il compose également pour le cinéma (Écoute le Vent avec Emilie Dequenne) et pour les films d’animation jeunesse.
Actuellement, il met en musique les poèmes de Kenneth White.
Un mélange de littérature, de géographie, d’histoire… Il appelle ça la géopoétique : ce mot est merveilleux !
Autre projet en novembre : l’organisation d’un spectacle de Butô*, à Bordeaux. Mais en attendant, dans son studio pessacais, ce touche-à-tout, fou de flamenco, continue ses explorations sonores, avec son site ventdeguitares.com, où chacun est libre de partager ses performances musicales, par la seule force des alizés !